Elections en Iran. Bras de fer au sommet de l’Etat
Dans cette élection Iranienne, il y a eu deux "manipulations" : celle de la communauté internationale et des médias occidentaux qui n’ont eu de cesse de dépeindre le Président Ahmadinejad comme un dictateur, un ennemi d’Israël, un fervent partisan de la guerre nucléaire ; un négationniste bref, un homme dangereux : l’homme à abattre pour que le 21ème siècle se porte mieux. Ce capital diabolique a encouragé les jeunes et constitue le fonds de commerce des pro Moussavi qui en ont déduit qu’ils avaient course gagnée d’avance. Ca c’était avant les élections.
Après les élections, une seconde manipulation est entrée en jeu : le duel au sommet entre Rafjansani et l’Ayatollah Khamenei. L’un Rafjansani soutient Moussavi et tire les ficelles du mouvement de protestation dans la rue, aidé en cela de Khatami et du candidat malchanceux Karrubi.
Rafsanjini est le Président de l’Assemblée des Experts qui comprend 86 membres. Ce sont ces membres qui désignent le Guide Suprême, Khamenei et qui l’évaluent.
Ali AKbar Hashemi Rafsanjini et Mohammed Khatami ont été Présidents de l’Iran. Ils ont été accusés par Mahmoud Ahmadinejad de corruption, lors des débats télévisés de la campagne présidentielle et ont promis d’intenter une action en Justice. La détestation de Rafsanjani pour Mahmoud Ahmadinejad depuis qu’il a perdu au second tour des présidentielles contre Ahmadinejad en 2005 est connue du milieu.
Mir Hossein Mousssavi a été Premier ministre de la République islamique d’Iran d’octobre 1981 à août 1989, sous la présidence d’Ali Khamenei.
Mehdi Karrubi est un ancien Président de l’Assemblée Nationale. Tout ce monde se connaît.
C’est le front uni Karrubi, Khatami et Rafsanjini qui soutient le cran affiché publiquement par Moussavi et qui tire les ficelles en coulisses. Moussavi est donc, au mieux, un homme de paille et au pire une marionnette au service des ambitions de Rafsanjini. Pour leur malheur, les jeunes qui défilent ne le savent pas. Comment le pourrait-il ? Pour leur bonheur, ce jeu du front étatique anti-Ahmadinejad confortent leurs revendications.
Un analyste estime que le Guide Suprême, Ali Khamenei a peut-être sousestimé le mécontentement d’une partie de la population Iranienne et que s’il avait su, peut-être n’aurait-il pas soutenu Mahmoud Ahmadinejad qui aurait été ainsi sacrifié sur l’autel des règlements politiques underground.
En temps normal, la police et la milice auraient déjà réprimé les contestataires. Il semblerait que les forces de l’ordre auraient refusé de tirer sur la foule. Le Responsable de la Sécurité déclarait encore il y a peu que toute manifestation non autorisée était illégale et serait réprimée. Pourtant Moussavi convoque ses partisans par le biais de son site sans déclaration préalable et autorisation des autorités.
En fait, il n’en a pas besoin : l’assemblée des experts qui contrôlent le Guide Suprême roule pour lui.
Géopolitique de l’uniformisation
En Russie, Ahmadinejad a rencontré et obtenu l’aval de deux dirigeants qui peuvent peser : celui de Dmitri Medvedev de la Russie et de Hu Jintao, Président de la Chine. Ils ont tous deux déclaré qu’ils n’allaient pas se mêler d’une affaire Iranienne.
La question est pourtant aussi internationale. La communauté internationale - qui se résume au point de vue de l’Occident en raison de sa puissance mondiale - veut la chute de celui qui a été baptisé "tyran" : Ahmadinejad. En cela, la communauté internationale travaille pour les pseudo réformateurs Iraniens et pour le candidat Moussavi.
Il est évident que l’axe du Mal est ici à l’œuvre. L’axe du Mal théorisé par Georges Bush regroupe les pays comme le Vénézuela, l’Iran, la Corée du Nord et Cuba. Ces pays ont le tort de ne pas s’aligner sur la politique de l’attentisme dans le conflit Israël/Palestine ; de favoriser la prolifération nucléaire, de ne pas adapter les standards occidentaux en matière de démocratie et de respect des Droits de l’homme. Sans compter qu’à l’ère Bush, il fallait s’aligner sous l’unilatéralisme Américain. Bref, à l’heure de la pensée unique et de la civilisation de l’uniformité, le non alignement est brutalement condamné.
La Chine et la Russie sont épargnées en raison de leur puissance économique et financière pour la Chine et géostratégique pour la Russie. Quel va être leur poids en coulisses dans le règlement du conflit ?
Alors que les jeunes défilent dans les rues de Téhéran, il se pourrait que la réponse vienne non pas de l’Intérieur mais des Grands Equilibres Géopolitiques, des alliances stratégiques et de la Realpolitik.
De ce point de vue, le silence des autres pays Arabes est assourdissant. Silence complice ou peur des représailles ? De la part de qui ? Un analyste politique Jordanien dit ceci : "Personne dans les pays Arabes ne prend position sur les élections en Iran parce qu’ils pensent que les Américains et les Européens le feront pour eux. Ceci est une approche néfaste spécialement pour le règlement des questions politiques de la région". Il conclut avec cette belle phrase "Les pays Arabes veulent que quelqu’un d’autre mène les batailles qu’ils doivent mener à leur place et en leur nom" (Labib Kamhawi).
Coïncidence, Barack Obama a dit une chose similaire par cette phrase de son discours du Caire "Les Occidentaux ont pris l’habitude de se servir des pays Arabes comme mandataires".
Finalement, on ne sait pas si les pays Arabes se laissent volontairement manipuler par les Américains et les Européens ou si ce sont eux les manipulateurs.
Ahmadinejad a eu le tort de trancher avec cette attitude ambiguë et illisible qui ne mène les pays Arabes nulle part et ne fait pas avancer la question Palestinienne, de surcroît. Les puissances régionales, à l’exception de l’allié Syrien, se réjouissent peut-être à l’abri des regards de la situation à Téhéran. Qui a dit qu’il fallait faire confiance à ses frères ?