Elections Présidentielles en Iran. Victoire écrasante d’Ahmadinejad
Mahmoud Ahmadinejad - Mir Hussein Moussavi - du tac au tac - Pied à pied - Programme nucléaire Iranien - Benjamin Netanyahu - Denis Mitchell - Fraudes électorales - Elections présidentielles - l’Ayatollah Khameini - l’ordre international - Etat Palestinien - scène internationale - Ca passe ou ça casse - victoire écrasante - double jeu - Majorité silencieuse - Bernard Guetta - Frères de coeur - Tête de Turc
Officiel. Deux électeurs sur trois ont voté pour le Président Mahmoud Ahmadinejad. Pourtant, l’ambiance carnavalesque des supporters du challenger Mir Hussein Moussavi dans les rues de Téhéran semblait annoncer un duel au sommet entre le challenger et le Président sortant, Mahmoud Ahmadinejad. A l’arrivée, les premières projections annoncent une victoire nette du Président sortant : 61,6 % contre 33 % pour le challenger Mir Hussein Moussavi.
Les résultats définitifs que le Ministre de l’Intérieur vient d’annoncer indiquent les chiffres suivants : 64 % pour le Président sortant qui remporte l’élection avec 24 500 000 de votes (approximativement) devant Mir Hussein Moussavi donné à 33 % soit 13 260 000 votes (approximativement) de votants. 3 % pour les deux autres candidats. 39 millions de votants au total.
On attendait le challenger devant et voilà qu’il s’écroule. Tous les signaux étaient au vert ; vert comme sa couleur de campagne. Ce qui faisait penser à la couleur orange de la révolution Ukrainienne et à la couleur rose de la révolution Georgienne. Il y avait donc ce vert de campagne adopté par la jeunesse qui l’arborait dans les rues dans une ambiance festive d’une victoire annonciatrice des réformes et de changement. Verte comme la couleur de l’espoir...
Il y avait aussi une nouveauté, le candidat Moussavi a inauguré une campagne à l’américaine faisant campagne avec son épouse qui a pris soin de bien garder la tête recouverte par un foulard coloré sous un voile noir. Ce qui détonait de la tenue vestimentaire du noir intégral voire du gris des religieux et des officiels.
Puis, il y avait l’attitude modérée et les propos du candidat Moussavi qui se voulait un homme d’avenir, tourné vers le consensus, l’entente et l’ouverture à l’Ouest. 60 % de la population Iranienne est jeune. Les femmes représentent la moitié des 46 millions d’électeurs Iraniens et sont les plus lettrées du Moyen Orient. Autant de signes annonciateurs d’une libération de la société qui étouffe sous les contraintes comportementales religieuses.
Tous les ingrédients d’une campagne réussie et d’un score serré étaient réunis.
Que s’est-il donc passé ?
D’abord, Bernard Guetta a eu cette phrase prémonitoire hier en rappelant le mot qui circulait en Iran ces derniers jours de campagne : "de faire attention à la concordance entre la sortie et l’entrée des urnes". La queue déjà interminable bien avant l’ouverture des bureaux de vote et le taux de participation élevé des électeurs semblaient être favorables à Moussavi, au regard de la visibilité de ses supporters jeunes et femmes urbanisés.
Le problème de l’Etat Palestinien a été décisif

- Triomphe du leadership et du réalisme. Le Président Mahmoud Ahmadinejad a 52 ans.
Mais c’était sans compter avec la majorité silencieuse des zones rurales, des partisans de la ligne dure avec Israel et des véritables acteurs au Pouvoir : le Conseil de la Sécurité Nationale dirigé par le Guide Suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei sous estimé dans cette élection présidentielle. Egalement sousestimés, la personnalité de Mahmoud Ahmadinejad qui porte haut et fort la voix de l’Iran sur la scène internationale et son prestige ainsi que le problème Palestinien toujours pas résolu. Le programme nucléaire de l’Iran concourt au prestige de l’Iran, quoi qu’en dise les commentateurs. Tant il est vrai qu’au niveau de l’ordre international, les pays comme le Pakistan, l’Inde, Israël et d’autres qui ne l’avouent pas possèdent la bombe.
Sur ce point, des Iraniens ont trouvé les propos du challenger Moussavi trop faibles sur la détention de la bombe par l’Iran et trop laxistes sur l’ouverture à l’Ouest et sur les libertés promises aux femmes.
Le Président Mahmoud Ahmadinejad a su s’imposer sur la scène internationale comme interlocuteur incontournable dans le règlement de la crise Palestinienne. Tant et si bien qu’Israël en fait sa tête de Turc. Contrairement à l’Egypte, le Président Ahmadinejad tient tête à Israël. Son message est clair : si Israël veut la force, il aura la force. S’il veut la paix, il y aura la paix. Un Etat Palestinien sinon rien.
Barack Obama ne dit pas autre chose. Sauf qu’il y met les formes et se donne le temps, là où l’Iran devenue une puissance régionale n’est pas du tout disposée à donner encore du temps à Israël qui n’en a que trop eu. Alors ça passe ou ça casse. Cette attitude du Président est pour quelque chose dans le choix de ceux qui se considèrent frères de cœur de la Palestine en Iran. Face à la ligne dure du Premier Ministre Benjamin Netanyahu qui continue sa politique de colonisation et qui s’oppose à la création d’un Etat Palestinien, face au double jeu des autres puissances de la région, Mahmoud Ahmadinejad va répondre du tac au tac à Israël, pied à pied. Ceci vient contrecarrer les plans de Benjamin Netanyahu qui a trouvé son alter ego, côté musulman.
Benjamin Netanyahu devrait prononcer un discours qualifié de "la paix", à la suite de la visite de l’envoyé spécial des Etats-Unis, Denis Mitchell dans la région pour relancer le processus de paix. Si le Premier Ministre espérait la défaite de son ennemi juré, c’est raté.
Triomphe du leadership et du réalisme
Taux de participation. Selon le Ministère de l’Intérieur de l’Iran, Seyed Sadeq Mahsouli 70 % des 46 millions d’électeurs ont voté. Chiffre corrigé en conférence de presse à 85 %. 39 millions votants sur les 46 millions inscrits.
Nombre de bulletins dépouillés au moment de l’annonce des premières projections : 78 % . La suite a confirmé le rapport des forces.
Résultats quasi définitifs. Mahmoud Ahmadinejad : 61,6 % - Mir Hussein Moussavi : 33 %. Définitifs : 62,63 % pour le gagnant et 33,75 % pour le challenger.
Seul bémol : le lieu de dépouillement n’a pas été communiqué. Le candidat Moussavi parle d’irrégularités et des bureaux de vote qui ont fermé alors que des électeurs faisaient encore la queue. Le candidat Moussavi menace de recours et parle de trahison et de tricherie.
Le taux de chômage en Iran est de 30 %.
L’économie est en crise. Le taux d’inflation est à deux chiffres.
La question de la condition des femmes reste posée.
Les décisions sur la guerre et le pouvoir nucléaire relèvent du Conseil de la Sécurité Nationale dirigé par le Guide Suprême, l’Ayatollah Khamenei. La personnalité du Président compte malgré tout. L’intelligence diplomatique de Mahmoud Ahmadinejad, sa malice et l’art du contrepied qui constitue sa marque de fabrique, très utile dans les négociations diplomatiques, sont ses principaux atouts. En cela, il semblait plus affûté et plus avisé que son challenger. Donc, le meilleur leadership a triomphé. Le réalisme aussi.
Il y avait deux autres candidats dans cette élection. Rezaie qui a fait 1.72 % et Karrubi 0,87 %.
Les électeurs de Moussavi sont mécontents et il semblerait qu’ils soient descendus dans la rue pour manifester leur mécontentement. Descente confirmée et affrontements des jeunes avec les forces de l’ordre qui ont essuyé les jets de pierres.
Elections présidentielles en Iran. L’heure de vérité pour Ahmadinejad