François Hollande chez "des paroles et des actes" : c’était bien. Mais plusieurs points restent à préciser, notamment le contrôle de l’efficacité gouvernementale ?
L’efficacité gouvernementale

Coïncidant avec le jour de la présentation de son programme économique, la présence de François Hollande, invité de David Pujadas "des paroles et des actes" sur la 2 a donc essentiellement tourné autour des mesures annoncées par le candidat Hollande un peu plus tôt dans la matinée. L’autre partie du débat portait sur l’homme Hollande, dans la foulée de son meeting du Bourget qui a officiellement lancé sa campagne pour l’Elysée. Peu de place pour la politique, mais Franz Olivier Giesbert a exploité au mieux cet espace réduit - mais bien placé en fin d’émission - qui lui était consacré avec deux questions fondamentales qui illustraient à elles seules les imprécisions du programme et l’idée qui nous tient à cœur à savoir que l’économie n’est pas au départ de la société, ni même à l’arrivée. Au départ, il y a le politique et à l’arrivée, il y a la condition humaine. Le politique est un moyen terme, un intermédiaire entre les deux points. Ainsi que le disait le regretté Philippe Séguin, l’économie est un moyen, pas une fin en soi.
La première question de Franz Olivier Giesbert partait du constat qu’alors que l’Etat faisait des efforts conséquents pour réduire les effectifs redondants, les collectivités territoriales notamment les Régions et les Départements – gouvernées toutes moins une (pour les régions) et majoritairement pour les départements par la Gauche - embauchaient à tour de bras, rendant l’ensemble de l’opération nulle et sans efficacité. Allusion au fait qu’après, c’est trop facile de critiquer le gouvernement sur l’inefficacité, d’une part et, d’autre part, de proposer à la place d’une réduction des effectifs, un maintien de ceux-ci alors qu’on est sur une trajectoire de réduction de la dépense publique et des déficits.
Ici, l’explication qui avait déjà été sollicitée dans la partie économie de l’émission et par Alain Juppé a été redonnée par le candidat Hollande, mais reste à préciser. Une fois qu’on a dit schématiquement, comme Mr. Juppé l’a fait pour nous, que le candidat Hollande prévoyait le remplacement d’un fonctionnaire sur 3 et non sur 2 comme le gouvernement actuel, il reste à préciser combien cela représente en effectifs constants, la part de ce coût dans la dépense publique ou plutôt comment, au dire du candidat Hollande, cela ne coûtera rien de plus, puisque toutes les dépenses proposées par le candidat seraient payées par les gains opérés en récupérant les cadeaux fiscaux, d’une part, et en relevant le taux d’imposition des grandes fortunes et des hauts revenus d’autre part.
Problème, la Cour des Comptes – le corps d’origine de François Hollande –pense que le compte n’y est pas avec les 29 milliards annoncés de récupération des cadeaux fiscaux.
Autre question, le calcul des revenus intègrent-ils déjà le patrimoine en amont ou y aura-t-il une taxation séparée sur le patrimoine comme sur les revenus du capital puisque le candidat a annoncé « qu’il n’était pas normal qu’un travailleur paie plus d’impôts qu’un rentier ». Quel seuil et quel taux pour les revenus du capital ?
Comment le candidat Hollande compte-t-il simplifier notre système de taxation extrêmement sophistiqué ? Toutes choses qui participent de la simplification administrative et de l’efficacité de l’arme fiscale.
Le candidat Hollande avait auparavant déclaré - dans la matinée - « que tout ce qui est juste sera retenu, et ce qui ne l’est pas sera écarté ». C’est bien. Reste que cela ne résout pas la question de la simplification fiscale. Mais on a le temps.
Le PS reste gestionnaire. On ne rêve pas avec le PS
En une question, FOG a touché au cœur des réformes essentielles et non mentionnées par le candidat : le contrôle de la responsabilité de la gestion des collectivités territoriales ; la maîtrise de la dépense publique et la simplification fiscale. C’est l’autre imprécision du programme Hollande, la méthode. La présentation des choses sur le modèle gestionnaire, par sections séparées voire par petits bouts, chapitres ou blocs (c’est selon) n’est pas très lisible, car elle ne met pas en rapport les choses qui le sont de toute évidence et l’ensemble donne l’impression de fuser de partout. Il nous semble que la méthode serait plus lisible si elle était encadrée et justifiée point par point par une ambition, voire une orientation politique en tête de chapitre. Je m’explique : si on dit Education, ce n’est pas une tête de chapitre, ce n’est pas une ambition, d’autant qu’il s’agit d’une mission régalienne. En revanche, si on dit « Maîtrise de la dépense publique » puis « Maîtrise des effectifs » et qu’on fixe la règle cadre (exemple : Le nombre d’effectifs de chaque Région doit être proportionnel à sa taille démographique comme leur nombre d’élus), le chiffrage en découlera automatiquement.
C’est pourquoi, l’annonce de l’embauche de 60 000 personnes pour l’éducation nationale manque de justification et de précision. Par ailleurs, on ne sait pas si ces 60 000 personnes sont comprises dans les 150 000 emplois d’avenir destinés – si on a bien compris le candidat – aux territoires défavorisés. Le candidat a dit qu’il comptait affecter les enseignants les plus expérimentés dans ces territoires. Là aussi, il manque une règle régulatrice : est-ce qu’on s’installe dans un projet où – enfin – les enseignants les plus qualifiés et non les débutants seront affectés dans les zones où les enfants sont le plus en difficultés ou sera-ce le fait du hasard ? Si c’est le second cas qui s’applique, alors, il n’est pas certain que l’amélioration de la qualité de l’enseignement pour l’enfant soit la même pour la condition de l’enseignant qui pourrait se sentir en situation d’affectation disciplinaire – frustré donc - alors que ces alter ego sont tranquilles à Henri IV par exemple ou à Versailles, je prends volontairement les extrêmes. Ici, la Justice, axe visé par le candidat Hollande en prend un coup.
A la question de la responsabilité des collectivités territoriales, le candidat Hollande a répondu par l’acte 4 ou 5 - on ne sait plus où on en est - de la décentralisation qu’il va pousser jusqu’au bout en transférant aux collectivités les charges et la possibilité de lever les impôts qui vont avec. Ca ne répond pas à la question posée par FOG sur une gestion responsable et sur qui contrôle cela. Une autonomie financière achevée risque même de constituer une fuite en avant et un point de non retour à l’équilibre. Par souci de cohérence, le candidat semble adosser sa décentralisation sur la banque régionale d’investissement qu’il va créer pour aider les PME, suivant en cela le modèle allemand de maillage d’un réseau des PME efficaces et financés par les Länder. La question de FOG est donc restée sans réponse.
François Hollande a été plus convaincant sur l’immigration
En revanche, sur la deuxième question de FOG concernant les discriminations et les territoires abandonnés, les banlieues, l’approche du candidat était plus convaincante, car il a intégré plusieurs paramètres. D’abord, va-t-il régulariser massivement comme Jospin ? Réponse. Non, mais il fera en sorte que les critères de régularisation soient homogénéisés dans toutes les préfectures et que ceux qui vivent ici depuis un certain temps, avec des enfants, et un emploi puissent l’être.
Sur l’immigration dite choisie (professionnelle), et pour les étudiants étrangers, leur nombre pourrait être décidé par l’Assemblée Nationale, tous les ans.
A propos des jeunes de ces territoires abandonnés, le candidat Hollande insiste sur deux aspects du problème. D’abord, il ne va pas laisser ces jeunes abandonner l’école sans rien faire, d’où la proposition d’y affecter les enseignants les plus expérimentés. Action ciblée pour combattre les abandons scolaires avec zéro savoir et/ou qualification couplée à l’autre volet qu’est l’action ciblée pour l’emploi. C’est sur ces territoires qu’il va affecter les 150 000 emplois d’avenir et probablement concentrer ses contrats de génération. Mais, n’est-ce pas une autre formule du CPE tant décrié ? Faut voir.
François Hollande a proposé 4 thèmes pour son programme. Sur la Justice, l’équilibre semble tenir. Sur l’économie et la réduction des déficits, le compte n’y est pas encore. Sur la clarté, le compte n’est pas bon. La réforme territoriale, la réforme de la gestion administrative y compris le contrôle de la gestion territoriale : deux poids lourds sur la dépense publique vont probablement être reléguées aux calendes grecques. Dommage, car la dépense publique de la France est supérieure de 10 points à celle d’un pays comme l’Allemagne, ainsi que le schéma sur l’économie l’a illustré hier dans l’émission. Ces écarts s’amplifient, si on les rapporte à la démographie de chaque pays.
Y a-t-il un rapport entre les 75 milliards de déficit commercial de la France et les 150 milliards d’excédent commercial de l’Allemagne, chiffres rapportés par le candidat Hollande ? Non, à priori. Oui, d’un point de vue culturel, car le changement de culture sur le contrôle de la dépense (publique ou privée) peut justement changer tout. Le candidat Hollande dit être sorti de l’idéologie, mais reste contraint par le pêché mignon du PS : son côté exclusivement gestionnaire qui le corsète quand il ne le rigidifie pas sur certains points cruciaux.
On attend la suite.
Photo. Site de campagne de François Hollande.