G20. Il n’y a pas de solutions miracles, a dit Gordon Brown
paradis fiscaux
Le G20 s’était donné trois objectifs de départ. 1. Relancer l’économie. 2. prévenir les catastrophes financières futures. 3. Réformer le système financier global. Mais, dans la présentation initiale, le volet de la relance a été privilégié à celui de la prévention, mercredi matin, lors de la première conférence de presse conjointe entre Gordon Brown et Barack Obama, qui fixaient en quelque sorte la feuille de route du G20. Le premier en sa qualité de Président du G20 et d’hôte du sommet.
Le second en sa qualité du Président de l’économie monde. La feuille de route disait qu’il faut tout mettre en œuvre pour restaurer rapidement la croissance et le dynamisme économique. Pour cela, il était urgent de nettoyer le secteur bancaire international de ses actifs toxiques. Condition nécessaire pour relancer le commerce international et pour engager la croissance verte ; source potentielle de création de millions d’emplois.

- "Fin des paradis fiscaux"
N’ayant pas entendu condamner les paradis fiscaux, ni les agences de notation, ni la remise en cause des rémunérations excessives de certains grands patrons, les bonus, les fonds de pension, le couple France/Allemagne a rappelé qu’il s’agissait là de questions non négociables. Alors, dans le communiqué final du sommet, on a nommé un chat un chat. Fin des paradis fiscaux, a dit le Premier Ministre Britannique. Publication d’une liste noire et possibilités de sanctions. Plus de paiement de bonus à ceux qui ont échoué dans leurs missions.
Pas de solutions miracles
Les Américains n’en faisaient pas un préalable pour trois raisons. La première est que l’absence de démocratie, la corruption et les paradis fiscaux fonctionnent sur le même principe : le manque de régulation et du respect de la loi. Ils produisent les mêmes effets : détournement des fonds publics, fraudes fiscales et montages financiers douteux. Ils favorisent également les mêmes trafics.
Que penser des acteurs d’un gouvernement parfaitement réglementé qui pratiquent la corruption dans des pays faiblement réglementés ou pas du tout ? Dans ce registre, on peut ranger la françafrique à qui on a toujours reproché de reproduire les comportements clandestins des paradis fiscaux.

- "Il n’y a pas de solutions miracles"
L’autre raison pour laquelle les Américains ne faisaient pas des paradis fiscaux un préalable, est à mettre au crédit de leur action multidimensionnelle qui minera – en cas de succès – l’action des paradis fiscaux. Les Américains ont fait pression sur les banques Suisses et ont commencé à obtenir des retours. On peut penser qu’ils ont brandi la menace des sanctions bilatérales aujourd’hui élargies par le consensus de Londres.
L’administration Obama a débloqué un budget conséquent et engagé une coopération active avec le Mexique, depuis la semaine dernière pour lutter contre les narco trafiquants. Hillary Clinton, en déplacement au Mexique a dit une chose qui était encore impossible avant l’élection de Barack Obama que l’Amérique partageait la responsabilité avec le Mexique dans le trafic de la drogue. Il a fallu à peine deux jours de coopération, pour découvrir un tunnel souterrain reliant le Mexique aux Etats-Unis. Le trafic était donc simple comme bonjour. Sous terre, la frontière était percée.
Enfin le trafic des armes financés par les flux financiers évanescents et qui alimente le terrorisme. En combattant le terrorisme, on sape le commerce illicite des armes et on assèche les transactions douteuses. C’est ce que l’administration Obama envisage de faire avec l’action contre le terrorisme sur l’Afghanistan et le Pakistan.
Avance de l’administration Obama
Par ailleurs, l’action de nettoyage des banques de leurs actifs toxiques va obligatoirement s’accompagner de la remise à plat de leurs fonds propres et autres provisions. Il leur sera difficile de geler des fonds dans les paradis fiscaux dans des succursales ; sauf à les sacrifier définitivement.
L’administration Obama a pris une avance considérable sur cette question du désamorçage des paradis fiscaux, sur l’encadrement des rémunérations et des bonus, sur l’assainissement de la comptabilité des banques et sur leur recapitalisation. Les pays européens en parlent plus qu’ils n’agissent concrètement. Peut-être n’en avaient-ils pas les moyens à eux tout seuls.
Au final, nous allons rejoindre le commentaire de Richard Quest, l’économiste de CNN basé à Londres lorsqu’il dit que ce communiqué final qui circule depuis une dizaine de jours déjà, ne comporte rien de révolutionnaire. Il ne fait que coordonner les actions des politiques nationales. Action de coordination qui a été confiée au FMI alors que ce même FMI reste inchangé dans sa structure et dans son fonctionnement d’ensemble qui nécessite aussi un changement de la représentation au moins, pour engager tout le reste. La dotation du FMI de 1 000 milliards lui donne plus de pouvoirs d’allocations des pays en détresse.
On va donc rester sur le mot de la fin de Gordon Brown qui a répondu à la question de savoir si ce consensus devait être considéré comme le début de la fin en disant : il n’y a pas de solutions miracles. Tout se fera pas à pas. Prochain sommet à New York, en Septembre.