La Ligue Arabe et l’Union Africaine aux Nations-Unies
Passé le temps de l’exultation des victimes de la guerre au Darfour. Passé celui de l’exaltation des Soudanais sortis nombreux dans les rues de Khartoum pour manifester leur soutien à leur Président. Après la joie des défenseurs des droits de l’homme. Voici venu le temps de la réflexion et de la realpolitik et la question majeure : comment on arrête un Président de la République en exercice et quelles peuvent en être les conséquences ? Dans le passé, on a vu que l’élimination d’un Président, sa disparition ou son arrestation brutale avaient conduit à des massacres encore pires que ceux pour lesquels le Président avait été mis aux arrêts.

- Une importante délégation conjointe
- de la Ligue Arabe et de l’Union Africaine se rend aux Nations Unies cette semaine, pour demander la suspension du mandat d’arrêt international contre le Président Soudanais
Au Soudan, la question est à ce point cruciale que le pays est immense et la cohabitation entre les religions chrétienne et arabe compliquée. Comme les autres pays africains, les frontières soudanaises ont été découpées à la hache. Si on est naîf, on choisit la thèse de l’incohérence et de la précipitation, pour expliquer cela. Si on est sceptique, on choisit le cynisme de ceux qui ont procédé à ce découpage. La RDC (République Démocratique du Congo) et le Soudan sont aussi vastes que le Rwanda, le Burundi représentent des ilôts. Et même dans ces ilôts, les découpeurs des frontières ont quand même veillé à ce que des ethnies conflictuelles soient regroupées de force. L’Afrique continue à payer ce cynisme d’Etat.
Nul ne le sait mieux que les propres dirigeants des pays anciennement colonisés. C’est pourquoi, une délégation composée des représentants de l’Union Africaine et de ceux de la Ligue Arabe se rend aux Nations-Unies cette semaine pour demander la suspension de l’application du mandat d’arrêt délivré par la Cour Pénale Internationale.
L’article 16 qui institue la CPI, autorise le Conseil de Sécurité à voter une année de suspension d’un mandat d’arrêt international délivré par la Cour Pénale.
Droit de veto des Britanniques et des Français ?
Les commentateurs doutent qu’une telle suspension soit accordée, en raison des tensions entre Paris, Londres et Khartoum. Paris et Londres disposant d’un droit de véto au Conseil de Sécurité des Nations Unies, ils peuvent s’opposer à la demande de la délégation conjointe de l’Union Africaine et de la Ligue Arabe.
Sur les 83 organisations non gouvernementales qui opèrent au Soudan, 13 ont été expulsées, le lendemain du mandat d’arrêt du Président Soudanais. Par la voie de l’Ambassadeur du Soudan aux Nations Unies, on a appris que les associations expulsées avaient un "agenda politique" ; qu’elles étaient au Soudan pour espionnage au bénéfice de la Cour Pénale. C’est pourquoi, leurs équipements et matériel ont été saisis, pour enquêtes approfondies.
La Cour Pénale accuse le Président Soudanais d’avoir planifié des massacres et d’avoir commis un génocide. 5 chefs d’accusation ont été spécifiés dans ce mandat d’arrêt : Meurtres - Exterminations - Déplacements forcés des populations - torture et viols. La juge de la Cour Pénale qui a énoncé les chefs d’accusations a précisé qu’aucune immunité n’était possible pour ces crimes.
Le Président de la Tanzanie, Jakaya Mrisho Kikwete, qui s’exprimait pour l’Union Africaine vient de déclarer dans [Inside Africa CNN] "qu’il était urgent de sécuriser le Darfour avant de sauter sur la Justice". On craint un choc en retour.
Quelle sera la prochaine étape ?
Si un deal est possible, il se fera autour de la réintégration des Humanitaires expulsés au Soudan. Les Nations-Unies estiment que leur expulsion met en danger l’alimentation de 1,1 million de personnes, la santé de 1,5 million d’autres et l’accès à l’eau pour 1 autre million d’individus.
Selon le Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki-Moon, les "dommages peuvent être irréversibles" pour au moins 4,7 millions de personnes.
L’Ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unies, Susan Rice a parlé de "décision irréfléchie et méprisante du Président Soudanais qu’elle a mis en garde contre un possible isolement".
Malgré toutes ces résistances, la délégation de la Ligue Arabe et de l’Union Africaine peut proposer aux Nations Unies de mettre à profit le moratoire demandé pour apprécier l’évolution de la situation au Soudan. Quoi qu’il arrive, le Président Soudanais est d’ores et déjà sous surveillance rapprochée : des Humanitaires, des Nations Unies, de l’Union Africaine et de la Ligue Arabe et de la Cour Pénale Internationale.
A noter que ni le Soudan, ni les Etats-Unis ne sont signataires de l’acte d’institution de la Cour Pénale Internationale.