Le venin des discriminations sous le miel des postures républicaines
1

- Yazid Sabeg est Commissaire à la Diversité et à l’Egalité des Chances
Nationalisme négatif ou nationalisme positif, le soubassement intellectuel est le même : la Nation une et indivisible et son pendant social ; l’assimilation. Contre toute forme de communautarisme donc. Et, qu’importe que le racisme et les discriminations frappent les visages et brûlent les yeux, si vous n’arrivez pas à vous assimiler, à vous "intégrer" comme on dit, c’est de votre faute.
Qu’importe que les banlieues et les quartiers de parking des Africains et des Maghrébins constituent une réalité qu’un auditeur de France Inter a fort bien rappelée, dans la séquence des questions aux auditeurs.
Qu’importe que la France, insidieusement mais sûrement reconduise les pratiques d’exclusion territoriale, scolaire et professionnelle aggravées par l’exclusion culturelle associée.
Qu’importe que les entreprises n’embauchent pas les Africains et les Maghrébins, de nationalité française ou pas. Qu’importe que, dans les médias, les écoles d’excellence, les quartiers des centres de la ville, la Justice, la représentation nationale, les grands corps de l’Etat, les enseignants, la recherche, ...partout dans la société : les lieux d’excellence, la fonction publique dans son ensemble et les entreprises, les lieux de visibilité, ceux de la sphère décisionnelle discriminent systématiquement.
Qu’importe que le racisme soit systémique en France. Tout le monde le sait. Tout le monde le voit. Tout le monde sait que c’est une réalité. Mais, chut !, il ne faut, ni le reconnaître publiquement et encore moins l’énoncer. Au nom de la République. La belle hypocrisie.
Caricatures, réflexes conditionnés et fantasmes
En Afrique du Sud, les africaneers ont assumé. Aux Etats-Unis, les riches propriétaires d’esclaves du Sud ont assumé. Ils sont même allés jusqu’à vouloir une sécession d’avec le Nord et ont engagé une guerre pour cela qui a duré 5 ans. N’eût été la lucidité d’un homme politique, devenu une icône, Abraham Lincoln, les Etats-Unis tels qu’on les connait aujourd’hui, n’existeraient pas ; ni comme bloc territoire, ni comme espace de liberté. Les droits civiques pour les Noirs seraient peut-être encore dans les tiroirs. En tout cas, ils auraient encore attendu 100 ans au minimum. Un Obama resterait de l’ordre du fantasme.

- "l’offre scolaire doit favoriser les mobilités sociales ascensionnelles"
Yazid Sabeg a donc répondu à tous ceux qui pleurent la fin du régime Républicain, avec l’instauration des statistiques de mesures et de traitement des discriminations qu’il fallait mettre fin aux "fantasmes et regarder les choses en face. Il faut mettre en place des instruments de mesure de la diversité et des discriminations. Cela va dans le sens de l’efficacité des politiques publiques et de la lutte contre les discriminations".
La simple observation permet d’affirmer que, ni le discours républicain, ni l’égalité scolaire républicaine, ni l’histoire n’ont empêché les exclusions et les discriminations. Il faut donc une volonté politique. Changer de logiciel. "L’action politique doit être utilisée pour corriger les inégalités. Tous les sociologues l’ont dit, l’école exclue plus qu’elle n’intègre".
Comment faire en sorte que certaines catégories sociales ne soient pas éternellement exclues des territoires d’excellence et des voies royales ?
Il est donc plus que temps de changer de logiciel et de méthodologie. Quant au constat, il est clair comme le plafond de verre. A la question de savoir quel va être le levier pertinent ? Par où la lutte contre les discriminations va-t-elle commencer ? le Commissaire à la Diversité a répondu par l’accès à l’éducation et à la formation ; par le logement ; par la représentation aussi. Par la modification des comportements des entreprises notamment par une sensibilisation des recruteurs à l’égalité du traitement dans le recrutement.

- "Il y a beaucoup de fantasmes dans la polémique qui s’exprime"
D’autres mesures sont annoncées comme l’ouverture de 7 500 places en Internat. L’ouverture de plus de classes prépa pour les filières technologiques. Des lycées d’excellence de la capitale seraient d’accord pour ouvrir de telles classes prépa et diversifier ainsi les origines de leurs élèves, en y accueillant les enfants des catégories défavorisées. Une forme de micro mixité scolaire au lycée.
Et la mixité sociale alors ? Les communes qui refusent de satisfaire à l’exigence de la construction de 20% de logements sociaux, parce qu’elles ne veulent pas accueillir un certain type de publics aux patronymes et aux caractéristiques physiques dissonants ? Et l’ouverture des grandes écoles ? Tout ceci nous ramène à un point : comment faire en sorte que certaines catégories sociales ne soient pas exclues des territoires d’excellence et des voies royales ?
Comment ces mesures vont-elles s’articuler avec celles en faveur de la jeunesse prises par Martin Hirsch ? Le Commissaire à l’Egalité des Chances a répondu par l’exemple de la formation par alternance, plébiscitée par les jeunes.
Le discours Républicain n’a pas fait de la France un pays moins raciste que les autres pays de statut comparable. Elle l’est tout autant, sinon plus, puisqu’elle s’enferme dans une démagogie discursive et dans des réflexes conditionnés de prise de positions publiques conservatrices, malgré le plafond de verre.
L’exemple historique entendu dans l’émission sur les Italiens qui auraient subi une discrimination plus violente encore que les Africains prouve bien que l’Histoire a été incapable de régler le problème. Au contraire, elle a constitué un lieu refuge confortable pour le laisser-aller et pour la caution de l’absence d’action publique dans ce sens.