S’attaquer à la Finance, c’est bien. Mais encore.
Matrice inégalitaire - Financiarisation - Linda Beale - George Romney - Nixon - Gingrich Holdings - Gingrich productions - Iles Caïman

Combien gagnent nos politiques ? Combien payent-ils d’impôts ? C’est le débat qui mène actuellement la campagne des primaires chez les Républicains et qui a probablement coûté la victoire à Mitt Romney en Caroline du Sud : la richesse des hommes politiques et leurs déclarations d’impôts et, conséquemment, leur taux d’imposition sans oublier l’origine de leurs richesses.
A la différence des Etats-Unis où les hommes politiques ont plusieurs sources de gains et revenus ; certains sont consultants, conférenciers, écrivains, enseignants, gestionnaires d’organismes financiers, propriétaires de fondations voire chefs d’entreprises, avant ou après leur carrière politique, les hommes politiques Français sont rémunérés presque exclusivement par les contribuables français. Par L’Etat donc. Tout au long de leurs carrières "interminables"souvent exercées en duplex - c’est-à-dire en mandats cumulés. 30 ans de carrière au moins pour la majorité de ces Hauts fonctionnaires de l’Etat - en disponibilité de la Fonction publique - pour mandats électifs. Cumuls de retraites également (de la fonction publique et des postes électifs) ? Possible.
La Finance donc ou comment prêcher par l’exemple.
Parmi les politiques, qui est riche et qui ne l’est pas ? Apparemment, tout le monde l’est ou personne ne l’est ou encore certains plus que les autres. A partir de quel montant est-on considéré comme riche ? Sur cette base, quelle est la part imposable ? Quelle est la part des politiques qui paient ou payaient l’ISF et celle qui a profité du bouclier fiscal ? Quel est le pourcentage du prélèvement global de la richesse des politiques ? En dehors de la Commission Nationale des Comptes de Campagne, nul ne le sait.
Aux Etats-Unis, les candidats à la fonction suprême sont priés de fournir ces documents et ceux-ci ont cristallisé la campagne en Caroline du Sud où il est apparu que Mitt Romney détenait un compte dans les Iles Caïman et que ses déclarations d’impôts n’étaient pas disponibles. Son rival du moment, Newt Gingrich, ex Speaker de la House en a profité pour poster son avis d’imposition en ligne sur son site de campagne, jouant la transparence absolue. Pendant ce temps-là, sous estimant la question, Mitt Romney promettait de poster une décennie de ses avis d’imposition...en Avril.
En Avril ? Les électeurs ont jugé la chose suspecte et tout bêtement, les sondages qui donnaient Mitt Romney à près de 40 % ont fondu à 24 % le score final des primaires de la Caroline du Sud, dans l’ordre inversément proportionnel de ceux de Newt Gingrich. Il se dit que ce dernier aurait été excellent dans les débats. Pourtant, la non-publication des impôts payés par Mitt Romney, cumulée avec la rumeur qui disait que ce qu’il payait n’atteignait pas la barre des 15% qui s’appliquent pour les gains du capital et l’évasion fiscale - la possession d’un compte dans un paradis fiscal "les ïles Caïman" - ont été dommageables pour le patriotisme et l’exemplarité - en la matière - du candidat Mitt Romney. Pour le moment, le dommage a été contrôlé. Le candidat Mitt Romney a publié sa déclaration dès ce mardi 24 suivant les résultats de l’élection du Samedi 21.
Concernant la déclaration d’impôt de Newt Gingrich, des zones d’ombre subsistent
Pour avoir publié son avis d’imposition 2010 en premier, Newt Gingrich pensait avoir fait preuve de clarté. Dans l’immédiat, il a pris de l’avance sur Mitt Romney. Pourtant, aujourd’hui, il est lui aussi rattrapé par le doute. Les zones obscures de sa déclaration et les questions que celles-ci soulèvent ont été exposées dans un article de Linda Beale - rapporté par Busness Insider - en 4 points. L’article indique qu’il y a plusieurs informations qui manquent à la déclaration d’impôts de 2010 du couple Gingrich et qui méritent d’être apportées pour donner de la crédibilité à la déclaration. Voici ces 4 points.
1) D’abord, la déclaration porte sur une seule année, 2010.
Le père de Mitt Romney, George Romney, a entamé la transparence sur ce sujet en publiant ses 12 dernières années d’imposition. Note de Scène Publique - probablement pour aider son fils - qui avait fait une telle promesse avant que son équipe de campagne indique "qu’il n’allait pas entrer dans un jeu, où je te donne ceci et tu demandes encore plus" ; faisant savoir qu’il y sont favorables, à condition que les autres candidats fassent de même. Du coup, les regards se sont retournés vers Newt Gingrich.
D’où ce commentaire de Linda Beale qui continue en disant que Newt Gingrich devrait suivre l’exemple du père de Mitt. En clair, s’aligner sur la proposition de l’équipe de campagne de Mitt Romney.
Pourquoi est-ce si important de publier plusieurs années ?
Linda répond qu’on a besoin des déclarations sur plusieurs années pour commencer à lever le voile sur le secret des différentes sources de revenus. Une seule année renseigne très peu là-dessus. Gingrich doit publier sa déclaration d’impôts au moment où il était au Congrès - en tant que Speaker (Président de l’Assemblée Nationale) - sachant qu’il y avait rencontré des problèmes d’éthique qui avaient abouti à une enquête. Il devrait également publier les déclarations d’imposition concernant la période où il gagnait de l’argent en tant que "consultant" au titre "d’historien" chez Freddie Mac.
Note de Scène Publique. Barack Obama a ordonné la création d’une cellule spéciale comportant une cohorte d’experts pour enquêter plus profondément sur ce qui a provoqué et est à l’origine de la crise immobilière aux Etats-Unis dont les enchaînements ont conduit à la crise de 2008 dans laquelle le monde baigne toujours y compris lui - le Président Américain - qui lutte de toutes ses forces contre une récession qui n’en finit pas de durer et qui ramollit la reprise. Freddi Mac était au centre du crédit immobilier. Gingrich chez Freddie Mac dans le passé et les révélations de l’enquête d’ici là, voilà qui promet. Provocateur, nous avons dit ici même que l’électabilité de Gingrich - s’il était le nominé face à Barack Obama était égale à zéro. Cette enquête va certainement le révéler mieux encore, sachant que le candidat Gingrich a eu des problèmes avec l’éthique à la House et que l’homme a eu des comportements que chacun qualifiera comme il voudra avec ses deux ex-épouses qu’il a abandonnées à chaque fois, au moment où elles étaient diagnostiquées d’un mal sévère. Simple coïncidence ? C’est ainsi que se défend le candidat Newt qui rejette toutes les accusations voire suspiscion sur le sujet. Pour la première, c’était un cancer. Et pour la seconde, une sclérose en plaques. C’était une parenthèse.
2) Nous n’avons pas d’avis d’imposition sur Gingrich Holdings ou encore sur Gingrich Productions ; même pas les informations financières que les sociétés publiques sont chargées de fournir. Ces sociétés privées sont susceptibles de fonctionner comme des "écrans" destinés à protéger le secret sur les revenus de Gingrich. Secret qui demeure, malgré la publication de son avis d’imposition. Avant l’arrivée de Nixon au pouvoir, les avis d’imposition des sociétés étaient une information du domaine public et n’étaient pas conservés dans le secret des établissements. Nous devrions retourner à cette période car, ces sociétés, qu’elles soient cotées en bourse ou détenues en privé, bénéficient de la confiance du public et de la volonté de l’Etat pour leur permettre de se former. Il semble avoir très peu de justification à maintenir les impôts de n’importe quel type de société confidentiels, avec des présentations autorisées à maintenir le secret sur les transactions et les données commerciales.
Tant qu’une telle analyse n’est pas réalisée, nous ne saurons rien d’autre que ce que Newt Gingrich veut bien nous dire (à moins que les reporters tombent sur une "gorge profonde" pour nous renseigner et nous permettre d’en dire plus).
3) L’avis d’imposition de Gingrich le qualifie de "consultant". Pourtant, nous avons très peu d’informations sur la liste de ses clients et sur ses activités pour ses clients. Ce que nous savons c’est qu’il a travaillé pour Freddie Mac : il dit qu’il n’était pas un lobbyiste mais ceci est dur à avaler. Il est difficile d’imaginer Freddie Mac rémunérer un politicien accompli comme un simple chercheur en Histoire faisant une recherche historique. En revanche, il est facile d’imaginer Freddie Mac payer un lobbyiste bien connecté au métier, rôle qu’un Gingrich a chaussé aussi aisément que son poste d’ancien Speaker à la House lui assurait de l’accomplir assez facilement.
Nous savons qu’il a travaillé comme "consultant" au moment du passage de la partie D de la loi sur la protection sociale "Medicare" concernant la délivrance de médicaments sur ordonnance. Une fois de plus, cela ressemble plus à du lobbying qu’au "consulting". Le problème ici est que Washington a adopté des règles ambiguës qui profitent aux parlementaires qui exercent le métier de "consultant" et qui leurs permettent de prétendre qu’ils ne sont pas "techniquement" des lobbyistes, comme Gingrich le fait. Quoi qu’il en soit, les électeurs souhaitent voir le type de rapports qu’il a faits sur le Medicare et les conseils apportés à Freddie Mac, comme Mitt Romney le demande.
Ne pas le faire c’est se cacher derrière le rideau très fin qui recouvre la ligne floue entre un lobbying évident et celui "ne nécessitant pas d’être enregistré en tant que tel", alors que...
4) Les Congressmen se rémunèrent en belles petites retraites, alors même que le GOP commence à construire une idéologie sur son désir de couper les retraites du privé aux syndicalistes (au nom de la sauvegarde du business mais en réalité pour faire passer les profits plus élevés encore des managers et des propriétaires d’entreprises) et sur son intention de "réformer" la Sécurité Sociale (ce qui signifie laisser sur le côté ceux des bénéficiaires qui dépendent de la sécurité sociale qu’ils ont payée toute leur vie avec avec moins d’argent que ce qu’ils devraient être en mesure d’avoir - allusion claire ici aux profits réalisés sur le dos des petits revenus).
Derniers sondages de la Floride Mitt Romney/Gingrich
Un sondage CNN/Time/ORC International Poll du Jeudi 26 donne 36 % à Mitt Romney contre 34 % à Newt Gingrich. Rick Santorum est donné à 11 % et Ron Paul à 9 %. La marge d’erreur étant de 2%, les deux premiers sont considérés comme étant au coude-à-coude. En Caroline du Sud, Newt Gingrich avait gagné avec une marge de 12 points sur Romney. On jugera donc de l’impact du débat sur la crédibilité à défaut de véracité des avis d’imposition des deux candidats.
Gingrich a déclaré plus de $76,000 en 2010 au titre de sa retraite de Congressman = Député, Président de la House. A peu près la même chose pour un Parlementaire retraité en France. Pendant ce temps-là, les jeunes sont au chômage. Et ces retraites parlementaires sont cumulées à d’autres, au patrimoine et, pour certains, aux revenus du capital. N’est-ce pas merveilleux ? Dire qu’à une époque, un candidat nous avait dit qu’il allait aider la "France qui se lève tôt". Aucun rapport avec les filières clandestines et financières de l’enrichissement.
"On va Où comme ça ?"
Peut-on aller aussi loin dans le questionnement de la fortune des hommes politiques qui briguent la fonction suprême en France ? Je vous le demande. Certains parmi vous me répondront "à quoi bon" ? - "A-t-on besoin de cela pour croire à ce qu’un candidat dit ?". "A-t-on même besoin de mettre en rapport l’argent gagné en tant politicien et le souci pour le peuple et pour le redressement de la France ?". D’autres pourront même se demander "si les comportements dans la vie privée sont transposables à la vie publique" ? Questions ouvertes à l’appréciation de chacun.
Pourtant, ce qu’on aimerait voir se dessiner c’est - en lieu et place de l’austérité, de la rigueur, encore et encore - c’est comment les grands équilibres vont s’opérer. Non pas à la marge, mais au Centre de l’économie sociale. Les ajustements, c’est de l’effet marginal. Les réaffectations de personnel se font à personnel constant, donc "jeu à somme nulle". Idem pour les blocages de loyer et pour une tarification sociale qui partent d’une bonne intention, on en convient.
L’une des questions essentielles serait de voir comment on respecte l’équilibre entre l’augmentation du coût des prestations (EDF, gaz, eau, loyers, inflation sur les produits alimentaires et de la vie courante, hausse du prix du carburant et du coût des transports, etc...) et celle des revenus (y compris des prestations sociales) et pourquoi la hausse du coût de la vie ne se répercute-t-elle pas sur les salaires et les prestations sociales ? Qui fait les indexations ?
L’autre question appelle celle des corrections de la matrice inégalitaire qui génère les inégalités sociales et leur creusement constant. On attend donc les candidats sur les grands axes du changement et des réformes : réforme fiscale, réforme institutionnelle, réforme statutaire, réforme administrative, etc. Le danger c’est de crouler sous une liste de courses qui risque de nous noyer voire de nous écarter de l’essentiel. Aujourd’hui, en France, 4 ou 5 Grandes mesures structurelles suffiraient à renverser la vapeur. Faute d’annoncer ce cap qui fixe le prochain horizon, les mesures comptables sont de la belle mécanique capable même de construire un moteur rugissant et vrombissant. Reste à savoir "On va Où comme ça" ?
Revendiquer et exiger le respect de nos valeurs : un horizon tangible
Mardi soir, dans son discours sur l’Etat de l’Union, le Président Barack Obama a dit ceci "l’une des questions essentielles de notre temps est de savoir comment nous pouvons conserver le rêve américain éveillé. Nous pouvons nous installer dans un pays où un nombre décroissant de gens se portent vraiment bien alors qu’un nombre croissant d’Américains ont du mal à s’en sortir ou alors, nous pouvons restaurer une économie où chacun reçoit sa part et où chacun fait sa part et où tout le monde respecte les mêmes lois. Ce qui est en jeu ce ne sont pas les valeurs des Démocrates contre celles des Républicains, mais les valeurs de l’Amérique. Nous devons les revendiquer".
Remplacer les « valeurs de l’Amérique » par « la République » et vous obtenez le même horizon pour la France. Comment on y va, là réside l’enjeu de la campagne et des programmes. Je préfère dire la programmation en lieu et place de programmes ; un peu comme j’avais parlé de financiarisation ; celle-ci ayant le mérite d’englober la "financiarisation clandestine", "ce monde qui ne respecte pas les mêmes lois" écrites. Le monde du non dit.
Photo. Maison Blanche.