vendredi, 24 février 2012|

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Triple A perdu. Le concert des lamentations de France

Depuis la perte du triple-A vendredi dernier, que n’a-t-on pas entendu ? D’accord, ce mardi même, pour conjurer le sort, le gouverneur de la banque centrale Britannique a dit "qu’il ne fallait pas porter trop d’attention à la notation de la dette" opérée par les agences de notation.

En Italie, dès vendredi, le bureau d’information du Vatican soi-même a produit un communiqué pour critiquer l’agence Standard and Poor’s.

Partout, les dirigeants de Bruxelles n’ont pas arrêté de se cogner la tête contre un mur des lamentations invisible criant à l’injustice.

En France, c’est tout juste si ce n’est pas sacrilège. Alors certains politiques et commentateurs se sont lancés dans la diabolisation des agences de notation. Loin de nous l’idée d’empêcher les uns et les autres de s’exprimer. Mais, une chose est de s’exprimer, une autre est de le faire en toute irresponsabilité et mauvaise foi. En temps de période électorale, c’est important, car la « compassion électoraliste » (pour reprendre l’expression de Michel de Poncins ici-même) est la pire des conseillères.

Ainsi a-t-on entendu, tour à tour, ceci :

- De la part d’une représentante des Verts que : "les agences de notation n’ont pas pouvoir de noter les Etats, mais seulement les entreprises".

- De la part de cet autre homme Politique de Gauche, que seule une Cour des Comptes éventuellement européenne avait pouvoir pour évaluer les Etats.

- De la part d’un commentateur TV lambda qui a tenu à rappeler que les agences de notation méritaient un « Triple zéro », pour n’avoir pas pu prévoir ou anticiper la faillite d’Enron et la crise de 2008. A cette époque, elles notaient toutes les sociétés à l’origine de la crise dont Goldman Sachs, triple A. En vertu de quoi, elles méritent un triple zéro.

Pour aider à conforter ceci, on rappelle que Moody’s maintient le triple A à la France ainsi que Fitch probablement.

 Ce qu’on oublie de dire c’est que Standard and Poor’s est la mère des Agences de notation et que sa note compte double. C’est le poids lourd des agences. C’est le leader. En matière de notation, Standard and Poor’s est le standard

Ce qu’on oublie de dire c’est que Moody’s et Fitch ont moins de poids et, de fait, sont plus vulnérables à la pression voire à la corruption qui n’est jamais exclue à ce niveau, voire à des représailles.

Statutairement, c’est Standard and Poor’s qui mène la danse. En matière de notation, Standard and Poor’s est le standard. Ca c’est pour le statut.

Il est alors inquiétant d’entendre des hommes et des femmes politiques se réfugier sur l’avis des agences de “seconde classe ” pour se réconforter.

Maintenant, sur le fond des arguments avancés, on voit très bien combien ils sont contradictoires et dénués de sens.

Considérons ces différents arguments.

UN. "Les agences de notation n’ont pas pouvoir de noter les Etats, mais seulement les entreprises". Ca c’était avant la crise, lorsqu’on pensait que les Etats étaient responsables. Depuis, on sait que, non seulement les Etats participent aux jeux d’argent et empruntent tous azimuts via des mécanismes d’endettement et de compensations de plus en plus sophistiqués - ce qui a emballé la machine financière déjà bien complexe - mais encore certains de ces Etats abritent des paradis fiscaux, hauts lieux de financiarisation clandestine et de lessive d’argent sale - cf le scandale Clearstream.

Depuis la crise, on a vu les Etats financer (ils appellent ça soutenir) les banques et entrer dans leur capital. On sait également que Wall Street a financé la campagne de Barack Obama comme aucun Président avant et, qu’ici, en France, des grosses fortunes comme Mme Bettencourt ont fait de même et, qu’au Royaume-Uni, c’est le magnat financier Murdoch qui faisait et défaisait les Premier Ministres.

Les conséquences y compris au niveau international peuvent être terribles, à l’instar de la guerre en Lybie, où les trois leaders ont marché main dans la main - Cameron se retirant avant le crime final : l’assassinat du colonel Kadhafi - probablement parce que les forces des milieux financiers leur ont imposé cette guerre qu’ils ne pouvaient pas refuser de faire, car les leaders dont les campagnes présidentielles ont été financées par le grand business deviennent les obligés de ce grand Capital. On débouche ainsi sur la grande criminalité du terrorisme des Etats à l’échelle internationale et à la manipulation/corruption des votes dans les instances internationales chargées non pas de faire la guerre mais la paix. Un Parlementaire Américain, proche de Barack Obama à une certaine époque, Kuccinich a appelé cela "le gangstérisme international" Lire dans notre rubrique Afrique - section Libye.

Après cela, qui peut vous dire qu’on ne doit pas noter les Etats ? Jugez-en par vous-même et vous verrez que c’est le grand laxisme voire banditisme.

Au-delà de tout cela, la zone euro, en particulier, a la particularité de n’avoir pas de banque centrale avec pour mission d’émettre de l’argent. C’est une zone qui repose entièrement sur les prêts bancaires. Comment peut-on noter les banques sans noter les pratiques et politiques de leur principal emprunteur que sont devenus les Etats européens de l’eurozone qui, au demeurant, ont entraîné la perte du financement des PME jugées non rentables par les banques qui avaient mieux à faire en achetant de la dette des Etats ?

 Celui qui ne voit pas l’enchaînement des responsabilités des Etats sur l’emballement des marchés financiers, sur la désorganisation des économies européennes, sur la menace de la paix dans le monde associée à l’autre menace de déstabilisation de la conduite des affaires internationales et la perversion du droit international est aveugle ou naïf. Une telle personne ne devrait pas faire de politique. C’est un danger public.

Maintenant, si on dit que les Etats ne doivent pas être évalués par les agences de notation mais par les Cours des comptes, alors, il faut ajouter que les Etats doivent battre monnaie et cesser de s’endetter auprès des banques voire de s’endetter tout court. Ensuite, on doit dire que les mêmes Etats ne doivent plus abriter les paradis fiscaux qu’il faudrait immédiatement fermer. Qui peut le faire aujourd’hui ? Personne.

C’est le deuxième argument avancé par les « pleureurs ». Seules les cours des comptes ont compétence pour évaluer les Etats. Là aussi, on voit bien les limites de cette idée. Où a-t-on déjà vu le joueur s’autovalider, il faut bien qu’il y ait un arbitre dans le jeu. C’est l’esprit et le sens même de la séparation des pouvoirs : fondement de la République.

Si on ne trichait pas avec ses fondamentaux Républicains en France, on saurait depuis longtemps que la culture de l’évaluation et des résultats est fondamentalement ancrée dans la République. Prenons un exemple d’actualité : les chiffres de la sécurité que le gouvernement vient d’annoncer et contestés par l’Opposition. Effectivement, comment croire à la véracité des chiffres, lorsque c’est le gouvernement qui s’est autovalidé ? Peut-être que le gouvernement ne ment pas mais, il est difficile de le croire et il faut qu’il l’accepte. On peut faire parler les chiffres et leur faire dire tout ce qu’on veut : il suffit de les manipuler et la chose est très courante. L’expression "les chiffres parlent d’eux-mêmes" est à prendre avec des pincettes.

C’est pourquoi le « Tout-Etat » encourage la non-transparence et l’opacité et entraîne le doute. C’est fatal. La notion qui consiste à dire que les chiffres parlent d’eux-mêmes ne marche plus, puisqu’on peut manipuler les chiffres et c’est souvent le cas : on sait ce qu’il faut faire pour que les choses soient un tant soi peu crédibles.

C’est ainsi que l’autre argument qui revient sur l’incapacité des agences à prévoir la crise de 2008 s’autodétruit, car c’est justement parce qu’elles ont été piégées par leur naïveté excessive voire leur complaisance - sur la base des bilans comptables truqués tout autant que les comptes publics - que la vigilance s’est accrue, du moins chez Standard & Poor’s. C’est aussi parce qu’elles croyaient que les Etats étaient innocents et exemplaires voire responsables qu’elles ont été prises au dépourvu. Les agences de notation ont fait du travail sur elles-mêmes, se sont ajustées aux nouveaux enjeux et défis pour noter en conséquence. Et si elles sont devenues aussi importantes, c’est la faute aux comportements des Etats qui ont failli précipiter le monde dans l’abîme. Elles ne sont pas sorties de leur cadre. C’est tout le contraire, elles en ont pris l’exacte mesure et responsabilité.

 Développement Durable

Le monde entier tient des forums sur le développement durable un peu partout. Le Développement Durable a posé des principes de prévention, de précaution, de responsabilité et de solidarité entre les générations et les territoires partagés par tous. Il est difficile d’être pour le développement durable (les Verts) et de proférer ce qui vient d’être relaté plus haut.

Du reste, les délocalisations doivent aussi être considérées sous l’angle de l’impératif de "solidarité" et pas seulement à travers le prisme de la rentabilité et de la compétitivité.

Que les Verts continuent comme cela et ils ne feront pas 3% mais 1,5 % comme l’un de leurs candidats dans le passé.

Pourquoi a-t-on tant peur de la culture de l’évaluation et des résultats en France ?

Première hypothèse. Lorsque le Président Nicolas Sarkozy a voulu favoriser la désignation/nomination de son fils à l’EPAD, l’opinion publique a crié. La vérité c’est que les partis politiques font pareil. Des hommes et femmes politiques se retrouvent propulsés à des fonctions tout simplement parce qu’ils et elles ont été cooptés ou nommés sur la base du copinage et du clanisme voire des magouilles. Il n’y a aucun système de nomination au mérite dans les partis politiques. Cela explique que du personnel de seconde classe se retrouve dans les wagons de tête sans la tête qui va avec.

 Pour ne pas mourir triple zéro

Pour le PS, c’est souvent le réflexe idéologique qui prend le dessus sur la raison. C’est dommage, car on ne peut pas dire que, tout ou presque marche sur la tête en France et, en même temps, ne pas accepter de changer les procédures obsolètes. Il va donc falloir s’adapter, car la mondialisation est là et l’exception française qui permettait de dissimuler la connivence à tous les niveaux, au prix d’une régression sociétale et économique n’est plus de mise. Les investisseurs resteront sur la base des indicateurs vérifiables et fiables, c’est aussi simple que cela.

La même exception française permettait d’ailleurs à la France de passer entre les mailles de la notation internationale, car enfin, ne nous voilons pas la face maintenant, la menace de la perte du Triple A de la France est sur la table depuis un an au moins et c’est précisément le cas particulier qu’a toujours été la France qui en a retardé l’échéance. La France est donc habituée à un traitement de faveur au plan national comme international. C’est aussi avec cette culture de la faveur qu’il faudra rompre.

Là-dessus, on a entendu que “les taux d’intérêts d’emprunts n’avaient pas augmenté sur le marché et la France a pu emprunter facilement encore aujourd’hui”. Donc, on peut continuer à tricher tant que les taux d’intérêts d’emprunts restent bas. Sauf que si on continue comme cela, on sera encore dégradé - S&P’s a déjà prevenu - et encore et encore, jusqu’à ce qu’on se retrouve au niveau des “pays les moins avancés”, comme le Niger par exemple.

Le vrai problème est symbolique. Quand on voit que la France est maintenant dans le même peloton que la Slovénie, la Slovaquie, des pays qui viennent de tout recommencer après l’expérience soviétique, on voit bien que, parmi les 9 pays dégradés (voir image CNN plus haut), la France est dans le peloton arrière de l’eurozone. Le peloton de tête (Allemagne, Australie, Finlande, Pays-Bas, Luxembourg) conserve son triple-A. A-t-on besoin d’un dessin ou des taux d’intérêts à la hausse pour comprendre que le symbole est désastreux ?

La honte est là. La perte du triple A est d’abord symbolique et ça va au-delà des taux d’intérêts.

S’il ne s’agissait que des taux d’intérêts, les Américains n’auraient pas lutté pour conserver leur triple-A, puisqu’ils ont leur propre monnaie et décident par eux-mêmes de leurs propres taux d’intérêts qui sont les plus bas au monde, à presque zéro.

Si vous ne voulez pas « mourir triple zéro » en matière d’économie, lisez "Challenges", "les Echos" et écouter ou regarder "BFM" par exemple. Aller chercher l’information à la source. Les politiques peuvent vous induire en erreur ou vous conduire dans l’impasse. Le problème c’est qu’en France les médias sont trop focalisés sur les hommes politiques. La France est riche de personnes éclairées invisibles dans les chaînes de télévision. Cela a pour conséquence d’appauvrir le débat et le citoyen non initié. Lorsqu’on ouvre les médias à quelques personnalités non politiques, il s’agit des fonctionnaires du CNRS, soumis à allégeance à leur employeur : l’Etat et les hommes politiques qui les embauchent et maîtrisent leur carrière. Dire que la Cour des comptes, organisme d’Etat - européen ou pas - doit détenir l’exclusivité de l’évaluation de l’Etat avec du personnel soumis aux desideratas du donneur d’Ordre, l’Etat - le commanditaire de l’évaluation - se passe de commentaires.

François Bayrou et François Hollande ainsi qu’Hervé Morin, ceux qui se sont déjà exprimés sur le sujet, du moins ceux dont les paroles sont parvenues jusqu’à mes oreilles, ont eu une attitude digne. Ils n’ont pas versé dans le concert des lamentations. Ils ont regardé le problème en face ; parlé de l’emploi et de la réindustrialisation, même si la réindustrialisation ne sera pas la panacée, comme on a vu dans le reportage de la 2 au 20 heures de mardi soir qui montrait un exemple de re-localisation de la Fiat Panda en Italie  : le coût humain est tout simplement terrible et la réorganisation des rythmes de travail s’est robotisée. Bilan : de 5 000, les effectifs sont passés à...600.

Si c’est ça le coût de la re-localisation, il vaut mieux délocaliser ou laisser les usines délocalisées là où elles sont actuellement et réfléchir à la nouvelle industrie ou à la nouvelle industrialisation, c’est comme vous voulez. Ce qui devrait d’ailleurs être la voie à suivre sur le modèle des nanotechnologies à Grenoble par exemple et qui sont une réussite. La réindustrialisation de la France ne devrait pas être synonyme de retour en arrière, à la mine par exemple. Ce serait triste.

 Les bulles sondagères

Un mot sur les sondages de Marine. Pour le moment, ils sont élevés, ça ne va pas durer, car on est encore dans le mou. Lorsqu’on va entrer dans le dur, les choses vont se décanter d’elles-mêmes. C’est alors qu’on va mesurer la solidité des propositions et leur défense. Le FN a pour seul programme l’immigration devenue le fonds de commerce - qui assure prospérité et une source pérenne des revenus au FN et l’équivalent du "poumon" de Molière : la réponse passe-partout et à tous les maux de la France avec le Système, en version FN. Sauf que le FN et Marine font partie du système.

De deux choses, soit les sondages de Marine sont vrais, cela voudrait automatiquement dire que Nicolas Sarkozy ne sera pas au second tour, soit ils sont provisoires, en attendant qu’on soit dans le dur ; soit ils vont fondre comme neige au soleil. Fin Février-mi Mars, on aura un premier bilan. Je fais le pari d’un écroulement des sondages de Marine Le Pen avec le durcissement de la campagne. Mais ça n’engage que moi et vous n’êtes pas obligé de me croire. Mais alors, pas du tout.

« Qui a dit que la Raison était Hellène et l’émotion Nègre » ?

 


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